Les femmes et le Marathon - Un combat

Savez-vous que les femmes ont le droit de courir le marathon aux Jeux Olympiques depuis 1984 seulement ?

Aussi étonnant que cela puisse paraître, les femmes ont officiellement accès au marathon depuis un peu moins de 50 ans seulement. Une révolution des mœurs, grâce à deux femmes qui ont bravé l’interdit, pour participer au graal de la course à pied.

Bobbi GibbDes arguments misogynes qui ne tiennent pas la route

Risque de masculinisation ou de perdre son utérus, mise en danger des fonctionnalités maternelles de ses seins, insuffisance physiologique... Autant de prétextes, scientifiquement non prouvés, entravaient la liberté de la femme à courir.

Ayant essuyé un refus catégorique pour s'inscrire au marathon de Boston en 1966, l’états-unienne Roberta Gibb surgit d’un buisson au départ de la course. Encouragée et félicitée par ses homologues masculins, elle parvient en toute discrétion à boucler les 42,195 km en 3 h 21 m 40 s.

Sans dossard officiel, son résultat n’est pas homologué

Ecœurée par ce manque de reconnaissance, la jeune étudiante Kathrine Switzer, âgée de 20 ans, décide de remuer ciel et terre pour concourir officiellement au marathon de Boston l’année suivante. Courant au sein du club universitaire masculin de Syracuse (N.Y.), elle demande à son entraîneur, de l’aider à s’inscrire sur la liste des participants.

Il accepte sous condition qu’elle lui prouve sa capacité à courir la distance de 42,195 km. Après avoir fait ses preuves, la jeune femme s’inscrira sous ses initiales K.V. Switzer afin de ne pas se faire remarquer par les organisateurs de la compétition. La participation des femmes au marathon de Boston n’était pas officiellement interdite, mais leurs candidatures étaient systématiquement rejetées.

Le dossard 261, tout un symbole pour les marathoniennes

Dossard 261Elle fut ainsi la première femme à porter un dossard officiel pour un marathon. Sans se cacher, les cheveux détachés, maquillée et confiante en son numéro 261, elle prend le départ de la course le 19 avril 1967, aux côtés de son entraîneur Arnie Briggs et de son compagnon, le lanceur de marteau, Tom Miller.

Remarquée par le directeur de la course dès les premiers kilomètres, celui-ci tente de lui arracher son dossard et de l’exclure de la course par la force des mains. Défendue par son compagnon qui éjecte le directeur d’un coup d’épaule, Kathrine parviendra à poursuivre son parcours avec l'obsession de franchir la ligne d’arrivée, pour prouver que les femmes sont également capables de réaliser un marathon.

Afin de ne pas se faire disqualifier pour les prochains Jeux Olympiques d’été, Tom Miller quitte rapidement le parcours, en laissant sa future épouse sous la protection de son entraîneur.

Kathrine franchira la ligne d’arrivée après 4 h 20 m d’efforts, mais elle sera finalement disqualifiée et suspendue par la Fédération Américaine d'Athlétisme, qui interdira officiellement aux femmes de participer aux courses sur route.

En 1967, la plus longue course officiellement accordée aux femmes était le 800 m sur piste !

Devenue journaliste, l’athlète continuera malgré tout à poursuivre son combat pour permettre l'accès des femmes au marathon.

Ainsi, le marathon de New-York sera le premier à ouvrir ses bras aux femmes en 1970, suivi par celui de Boston deux ans plus tard, Paris prendra le pas en 1979.

En 1972, les deux rebelles Roberta et Kathrine prennent le départ du plus vieux marathon au monde (1897) à Boston, avec sept autres participantes. Roberta arrivera en tête de ses homologues féminines et Kathrine Switzer sera troisième de cette catégorie.

Kathrine décrochera sa première médaille d’or au marathon de New York en 1974. Elle signera son record à Boston en 1975 sur 2 h 51 min 37 s, où elle arrive deuxième parmi les femmes ; elle parviendra à remporter la victoire de l’édition de 1980.

Les J.O. s’ouvrent enfin aux marathoniennes

En 1984, les Jeux Olympiques enregistreront 50 participantes pour leur premier marathon féminin. En 2016, 159 marathoniennes ont pris le départ à Rio de Janeiro.

L’icône marathonienne n'a jamais cessé de s’investir pour l’intrusion et la reconnaissance des femmes dans la course à pied ; elle a organisé 400 marathons féminins dans 25 pays. À 74 ans, Kathrine Switzer a accompli 41 marathons, le dernier datant de 2018.

En 2019, plus de 46% des marathoniens de Boston étaient des femmes. Comme quoi, les performances sportives ne reposent pas sur le sexe de l’athlète, mais plutôt sur son entraînement et sa motivation.

Découvrez la lutte de longue haleine menée par les femmes pour intégrer le milieu le sport.

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